Première année en CM1-CM2…

Classroom clipart free clipart images the cliparts ...L’année n’est pas encore terminée, et pourtant j’ai déjà l’impression (pas tout à fait fausse) que nous sommes dans la dernière ligne droite. Dernières semaines avant l’été, les vacances, les départs anticipés de quelques enfants, les casiers vides avec des bouts de papiers qui trainent quand même sous les chaises. Dernières semaines avant les adieux aux collègues pour une nouvelle année, dans une nouvelle école…

C’est stupéfiant la place que ça prend, ce boulot (pour peu qu’on veuille bien lui en laisser). Il s’immisce un peu partout, quand je furette en librairie, quand j’écoute de la musique ou que je mange des sushis dans des boites en plastique (les vrais comprendront !). C’est assez dingue parfois, et je me dis que la plupart des conjoints d’enseignants sont des gens formidablement patients.

« Ta journée d’école m’intéresse à fond ma chérie. »

L’an dernier, en tant que jeune enseignante un peu naïve et flippette, avec pour seul bagage une année de mi-temps en maternelle avec des élèves relativement choupinous, j’avais 3 grandes trouilles :

être en élémentaire dans une REP + (= l’impression d’être un chaudoudou au pays des froids piquants)
connaître ma classe au dernier moment (= nuits blanches assurées les 3 premiers mois d’école)
avoir un double niveau (= comment gérer deux niveaux quand tu galères déjà avec un seul ?)
être en cycle 3 (= mort certaine dans d’atroces souffrances)

Bien évidemment, chanceuse que je suis, j’ai été nommée en août 2017 dans une grosse école élémentaire de REP + (16 classes) et j’ai appris dans la foulée que j’allais avoir des CM1-CM2.

Laissez. Moi. FUIR.

Après quelques arrêts cardiaques et une ou deux crises de panique, j’ai percuté que j’avais 27 ans (quand même) et que j’allais donc me retrouver avec des enfants qui avaient 17 ans de moins que moi. Ce qui, vu sous cet angle, est tout de suite plus rassurant (plus tard, quand j’ai appris qu’ils croyaient encore que les bébés sortaient par les FESSES, j’ai définitivement remisé ma trouille par devers moi). Étant d’un naturel plutôt optimiste, je me suis donc auto-rassurée en me convaincant de manière très efficace que j’allais gérer comme une déesse.

Et puis j’ai reçu l’appel du directeur de l’école, qui m’a peint un portrait des élèves et du quartier assez haut en couleurs. Pas de langue de bois, nous sommes dans un des quartiers les plus pauvres de Lyon, l’école accueille beaucoup de réfugiés, les enfants peuvent être (très) compliqués à gérer et les relations avec les familles ne sont pas évidentes.

Bon. À ce stade, je n’étais plus qu’à moitié rassurée. Et puis j’ai littéralement fondu sur place quand j’ai mis les pieds dans ma classe pour la première fois. Les tables étaient GÉANTES. Ma petite expérience en maternelle m’avait habituée à des mini-chaises qui entouraient des mini-tables sur lesquelles étaient posés des mini-crayons destinés à des mini-gens. Et là, devant moi, des chaises pour adultes avec des tables taille normale. TOUVABIEN.

Bref, vous vous en doutez, j’ai quand même tenu le choc, en grosse partie grâce à mes supers collègues très rassurants. Et pouf, le jour de la rentrée est arrivé ! Les élèves étaient très curieux de voir ma tête (« la nouvelle maitresse de CM ») et vu la tronche de certains, nul doute qu’ils ont été déçus, héhé. Cette première journée s’est extrêmement bien déroulée, une fois passée l’angoisse de parler devant autant de paires d’yeux qui me fixaient sans bouger (la seule journée de l’année où ils ont été silencieux, RIP).

Et puis… c’est parti ! Les semaines se sont enchaînées, les projets, les nouvelles notions, les rendez-vous parents, les petits bobos, les disputes, les jeux, les moqueries, les insolences et les punitions, les fous rires, les plans de classe, les exercices trop compliqués, les sorties, les spectacles, les conseils des maîtres, les soirées entre collègues… Même si ça n’a pas toujours été simple, qu’ils m’ont parfois fait sortir de mes gonds et que leur attitude de p’tits loulous des cités est parfois déconcertante, je me suis vite aperçue qu’en fait, ces gamins sont géniaux. Ils sont curieux, inventifs (autant dans les conneries que dans les choses scolaires), drôles, surprenants, cultivés, communicants (parfois trop !). En une année ici, j’ai appris énormément de choses, aussi bien sur moi que sur eux et sur la place de l’école dans les familles de ce quartier.

Certes, le contact avec les parents peut être complexe (barrière de la langue, prise de rendez-vous impossible…), mais nous souhaitons tous que les enfants s’épanouissent à l’école et qu’ils réussissent à faire ce qu’ils veulent de leur avenir. Des études prouvent qu’à moyennes égales, les collégiens de REP + sont plus souvent orientés dans des filières professionnelles que leurs homologues des quartiers plus favorisés. Pourquoi n’ont-ils pas le choix qu’ont les autres ? Pourquoi l’école ne leur fait-elle pas confiance et dévalorise-t-elle ainsi ses filières pro ? Si certains de mes élèves envisagent avec plaisir un métier issu d’une filière professionnalisante, d’autres souhaitent devenir ingénieur, architecte ou médecin. J’ose espérer que, dans quelques années, ils pourront se payer le luxe de CHOISIR leur orientation sans qu’on leur force la main.

En tous cas, même si j’en un peu bavé en termes d’heures de préparation, je suis absolument ravie de mon année passée ici. Ça m’a permis de remettre les pieds sur Terre. J’ai rencontré des collègues et un directeur adorables, hyper investis, bienveillants, aidants et, surtout, pleins d’humour. Malgré ma demande au mouvement, je n’ai pas eu l’opportunité de rester dans cette école… mais j’ai été nommée à quelques rues seulement, dans une école hors de la REP +, un peu plus mixte. Là encore, l’équipe a l’air au top ! À ce stade, je ne sais pas encore quelle classe j’aurai mais j’ai d’ores et déjà activé mon mode guerrière pour de nouvelles aventures !

HELL YEAH !

***

BONUS : les phrases mémorables des CM1-CM2 !

• « Un petit très bien ? Ça mérite grave un petit très bien maîtresse »
• « C’est vrai que si on le conjugue, on peut dire pute ? Genre, vous pûtes, ça passe ? »
• « J’ai deux choses à dire : d’une, j’ai pas fait signer le mot, et de deux, pourquoi vous vous maquillez toujours pareil ? »
• « Maîtresse j’ai TOUT fini ! Comment j’suis trop autonome, sérieux ! »
• « J’ai trop de mal à savoir si je dois vous dire tu ou vous, parce qu’on vous voit tout le temps, alors c’est un peu comme la famille quoi ! »
• « Les montagnes les plus proches de Lyon… c’est l’Himalaya je pense ».
• « Maîtreeeeesse, il arrête pas de me dire que j’ai une tête de bœuf ! »
• « En même temps vous disez tout le temps que je sais pas conjuguer mes verbes mais c’est pas vrai ! »
• [en regardant une illustration avec des gens nus] « Moi ça me donne envie d’avoir une copine »
• « Prendre au passé simple… ? Ben… Je prend… Je prendis ! Non ! Je prendus ! »
• « My name is Youssef and I love gr… grrr…. gouiiiine ».
• « Mais tais-toi làààà, avec ta tête de mayonnaise ! ».

***

– Maitresse, on est d’accord que le chevaux c’est un garçon et qu’on dit un cheval quand c’est une fille ?
– Non, c’est un cheval pour le mâle et une jument si c’est une femelle.
Une jument ? Mais c’est pas la femme du bœuf ça ?
– Ah non, ça c’est la vache. Mais si elle veut faire des bébés, il faut qu’elle en fasse avec un taureau.
– Du coup, ils doivent se marier les animaux ? Comment ça se passe en fait ?
– Pourquoi ils devraient se marier ?
– Ben si t’es pas marié tu peux pas faire d’enfants, ça marche pas !

***

– Si tu pouvais manger tout ce que tu veux dans le monde entier, tu mangerais quoi ?
– Un tacos ! Mais pas un petit, hein, un maxi-tacos !
– Ah ouais, bah moi je prendrais un kebab !
– C’est vrai que c’est trop bon aussi… on peut faire un…. un kécos !

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8 réflexions sur “Première année en CM1-CM2…

  1. Laure dit :

    Merci, de prendre le temps de nous decrire un peu ton quotidien, qui ne fait que renforcer mon envie de reconversion. Je me lance en 2019 et compte bien me servir de ton merveilleux blog 😉

    Aimé par 1 personne

  2. amelie mompach dit :

    Je suis en M1 cette année et me prépare pour les oraux, je suis déjà très impatiente d’en arriver à du concret mais avec votre article je le suis encore plus! c’est exactement ce qui me donne envie et votre parcours sur cette année est plein de rebondissements très optimistes! merci d’avoir partagé votre ressenti. bonne fin d’année, qui je n’en doute pas sera riche en émotions….

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  3. Emma dit :

    Du pur bonheur ton message et les perles à la fin c’est extraordinaire
    Que de bons souvenirs
    Je viens de réussir l’écrit après beaucoup de travail perso le soir et le week-end avec un job à temps complet et 3 lardons a moi.
    J’ai hâte d’être sur le terrain même si je sais que je vais flipper avant et que ce ne sera pas facile au début je suis certaine de m’eclwater grave comme disent tes élèves.
    Bonne continuation
    Emma

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  4. Julie dit :

    Merci pour ce super post qui redonne de la motivation en cette période de révisions pour les oraux !!!! Je te souhaite une très belle fin d’année avec tes Loulous CM 🙂

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  5. Lylylaly dit :

    Les petites perles de tes élèves, j adore!!!!
    Je me lance, je tente le CRPE en 2019, enfin, ça sera surtout un essai. Je le prépare en tête à tête avec mes livres, et suivant mes notes je le tenterai en cpc en 2020 ou pas!
    Merci pour ce blog qui est rempli de précieux conseils.

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